Stress et burnout, que faire ou ne pas faire ?

FREDERIC COMBES

Consultant HSE chez EazySAFE

Quand on compare le stress au burnout, sachant que la souffrance peut être très élevée dans les deux cas, et sans rentrer dans les aspects théoriques de la modélisation de ces deux symptômes, on observe des caractéristiques avec les différences subtiles suivantes :

« Pourtant à la base, le travail a bien des vertus fondamentales : une connaissance mise en pratique, des interactions sociales, une gestion du temps et de budget « 

  • Déni plus marqué pour le futur « burn-outé » que pour le stressé qui vous parle de son stress comme si c’était « normal » (ex : les horaires, les collègues, le patron…)
  • Les émotions semblent plus intenses pour les stressés alors qu’elles semblent inexorablement s’amenuiser chez les futurs « burn-outés »
  • Le stress cause de l’hyperactivité alors que l’abandon ronge le futur « burn-outé »
  • L’énergie globale diminue chez le stressé alors que la motivation et l’espoir diminuent chez le futur « burn-outé »
  • Le stress peut mener à l’anxiété alors que le burnout peut mener à la dépression
  • Le stress a des effets sérieux allant parfois jusqu’au déclenchement de maladies graves alors que le burn-out a des effets « plus sérieux » pouvant entraîner un arrêt partiel du fonctionnement corporel usuel jusqu’à une incapacité complète de bouger le moindre muscle, de ne plus pouvoir bouger, parler, réfléchir, se projeter et bien sûr travailler…

Toutes ces études sont fort intéressantes mais pourquoi en est-on arrivé là dans nos entreprises ? Pourquoi vit-on si mal en entreprise aujourd’hui ? Pourquoi tant de gens cherchent des solutions alternatives à l’entreprise en devenant consultant extérieur ? Ou en pratiquant le travail partagé, ou en devenant nomade, ou autoentrepreneur. Ou l’entreprise elle-même se modifie en « entreprise libérée », en SCOP[1], en SCIC[2] et autres CAE[3]… Pourtant à la base, le travail a bien des vertus fondamentales : une connaissance mise en pratique, des interactions sociales avec des sachants et des non-sachants, des collègues, des fournisseurs et des clients, une gestion du temps et de budget… Bref, le travail permet non seulement de gagner de l’argent, mais aussi de donner un sens à sa vie et de la structurer selon ses besoins.

Ah oui ? Mais savez-vous quels sont vos vrais besoins ? Certes il y a les besoins fondamentaux de survie (besoins physiques) et de sécurité (protection au quotidien), mais il y a aussi des besoins plus subtils comme celui de la socialisation (liens humains), comme celui de l’estime et enfin celui de l’accomplissement. Ces besoins sont inhérents à chaque être humain, et pourtant, combien parviennent-ils à les nourrir ? Une question simple et embarrassante : vous sentez-vous accompli dans votre quotidien ? Allez-vous oser dire oui ?

Pour revenir à la question (quels sont vos vrais besoins ?), je peux me souvenir qu’adolescent, je rêvais de faire ceci ou cela, et qu’à force d’études, de déménagements, de rencontres, je suis arrivé là où j’en suis aujourd’hui. Mais quand je fais le bilan, ça ne colle peut-être pas ? Je me rends compte que je ne me sens pas accompli dans mon métier malgré tous les efforts consentis jusqu’à présent ? Qu’est-ce que j’ai raté alors ? Qu’est-ce que j’ai oublié ?…

La réponse est fort simple, même si elle peut générer de l’inconfort : vous avez oublié vos valeurs ! Mais quelles sont vos vraies valeurs ? Déjà savez-vous ce qu’est une valeur ? C’est une « morale », une motivation profonde chez un être humain qui lui permet de juger, de s’orienter et de construire sa « vérité ». Quelques exemples pour sortir de l’abstrait :

 

  • La connaissance est une valeur chez de nombreux scientifiques qui cherchent à percer les secrets de la « réalité matérielle » au prix d’efforts inouïs et invisibles pour ceux qui ne partagent pas cette soif ; on peut aussi parler de passion pour les autres à l’extérieur de leur monde intérieur, ou même de recherche obsessionnelle ;
  • La vérité est une valeur chez de nombreux policiers, gendarmes, enquêteurs en général qui cherchent à percer les secrets des délits et des crimes, là aussi au prix d’efforts inouïs et invisibles pour ceux qui ne partagent pas cette soif ;
  • La beauté est une valeur chez de nombreux artistes qui cherchent à percer les secrets du comment provoquer une émotion par une musique, une chanson, une sculpture, un film, un livre, là aussi au prix d’efforts… ;
  • On pourrait citer bien d’autres valeurs comme celle de l’aide à autrui, celles liées à la politique, à la famille, aux croyances religieuses et spirituelles, à l’histoire, à la culture et aux arts (rénover des vieux bâtiments…), au corps (sportif, danseur, acrobate…).

Si vous connaissez vos valeurs, peut-être alors percevez-vous l’inconfort des valeurs issues de votre sphère professionnelle ? Si oui, cet inconfort peut devenir à force de répétition, ce que l’on appelle du stress : allez-vous accepter le stress ? Si oui, le stress va entraîner à force de répétition des symptômes et vous allez être surpris : pourquoi est-ce que je souffre de ces symptômes ? Si vous acceptez ces symptômes, ils vont changer votre vie en long fleuve souffrant dépourvu de sens : allez-vous accepter de devenir vos symptômes ? Si oui, ce sera au mieux, un arrêt maladie, ou au pire un suicide ou un burn-out ? Mais si vous commencez à réagir, ce sera au départ du sport, de la culture, des voyages, une technique de relaxation pour vous apaiser, ou plus radical une évolution dans votre poste actuel, un changement de poste, voire une démission pour retrouver vos valeurs ?

Et pour finir, savez-vous qu’il y a plus grave que le stress et le burn-out ? Non ? Cela s’appelle le karōshi, mot japonais qui signifie « mort subite due au travail » en français. Le karōshi est une maladie professionnelle au Japon depuis une quarantaine d’années. Le critère utilisé est le temps de travail précédant le décès : soit 24 h de travail en une seule journée (sans aucune pause), soit 16 heures par jour durant la semaine précédente. Alors en Europe me direz-vous, ça n’existe pas ? Le premier cas reconnu comme un karōshi est celui d’un jeune homme de 21 ans décédé sur son lieu de travail à la City de Londres en 2014 après 3 nuits blanches consécutives de travail…

Bref, la gestion de votre stress, c’est sérieux mais c’est bien une adéquation de vos propres valeurs aux valeurs vécues dans l’entreprise qu’il faut viser pour décider de réadapter votre vie professionnelle.

Notes 

[1] SCOP : Société COopérative et Participative

[2] SCIC : Société Coopérative d’Intérêt Collectif

[3] CAE : Coopérative d’Activités et d’Emplois

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