La sécurité, un moyen de valoriser ses collaborateurs ?

FRÉDÉRIC COMBES
Conseiller HSE chez EazySAFE
Si vous prenez l’exemple d’une « causerie sécurité », ou quart d’heure sécurité, la démarche est simple et participative. Elle prend évidemment peu de temps, et est donc peu onéreuse : elle permet de transmettre des informations, mais aussi d’en recevoir du terrain. La distribution si besoin d’un petit support (recto-verso maximum) peut se faire au début de la causerie. Il est néanmoins clair que cette démarche repose sur la personnalité de la personne en charge de cette causerie (ex : directeur de site, responsable de production, ingénieur sécurité, conducteur de travaux, chef de chantier…).
En effet, l’échange d’informations, s’il y a bien échange car, qui n’a pas vu et entendu des monologues, cet échange permet de présenter une thématique concernant la sécurité (ex : EPI, utilisation d’une échelle, bruit excessif, chute dans un escalier, vitesse de circulation excessive des véhicules sur le site…).

Une fois la thématique fixée et présentée rapidement par l’animateur de la causerie

L’intention est de favoriser l’échange entre les participants et de détecter les bonnes idées (et les mauvaises aussi). Donner la parole à vos collaborateurs de manière informelle souvent debout avec une tasse de café bien chaud, va leur permettre d’exprimer leur savoir, leur savoir-faire et/ou leur savoir-être. Quelle belle occasion de les mettre en exergue ! Vous n’imaginez pas les trésors que recèlent vos collaborateurs, car ce sont eux les sachants dans leur domaine professionnel. Faut-il savoir les mettre en confiance pour les encourager à s’exprimer.

Qui dit réflexion, peut espérer une évolution, ce qui entraînera une meilleure prise en compte des solutions à la thématique proposée.

Bien sûr, l’animateur de la causerie a grand intérêt à avoir préparé la veille

Car il doit faire office de référent (tout en sachant déclarer son ignorance lorsqu’un élément sort de son champ de compétences). Et oui, l’animateur doit pouvoir répondre au maximum de questions pour (in)former et rassurer les participants, tout en leur permettant de réfléchir à leurs pratiques professionnelles. Qui dit réflexion, peut espérer une évolution, ce qui entraînera une meilleure prise en compte des solutions à la thématique proposée. D’un point de vue statistique, on peut ainsi voir émerger une vraie bonne idée d’un ou deux collaborateurs. Si cette idée est validée, cette idée sera celle du collaborateur qui se sera exprimé devant un groupe. Ce collaborateur ne pourra s’en trouver que valorisé, mais attention à l’étape de validation ! Car si l’idée est trop coûteuse, ou complexe, ou dépendante de trop nombreux facteurs incontrôlables, le risque d’échec de la mise en place de cette idée est tel, que vous risquez au final de déstabiliser votre collaborateur  

Pour valoriser une idée, et donc un collaborateur, le choix des thématiques est bien sûr important.

Faut-il retenir les travaux en cours dans une partie de l’établissement ? L’installation d’une nouvelle machine ? Un conflit récent ? Un accident ou un incident connu de tous ? Chaque animateur a sa propre vérité, mais doit garder en tête que le sujet de la sécurité industrielle est un moyen de faire s’exprimer des collaborateurs, habituellement discrets, et à l’inverse contrôler ceux qui sont trop extravertis. Et peut-être en les rendant simplement conscient d’une difficulté, ce qui va les rendre bien plus observateurs. Savoir faire observer un lieu routinier pour détecter l’inhabituel ou l’anormal, et vous avez gagné ! Un collaborateur vous fera remonter l’information. Et d’une pierre deux coups :

  • Vous avez accès à une information de terrain de qualité
  • Vous avez la possibilité de valoriser un collaborateur de manière circonstanciée bien sûr.
Management Commitment to EHS
La périodicité des causeries sécurité est là aussi à adapter : toutes les deux semaines, ou quand il y a moins de bousculade. Bref, s’adapter au rythme de l’entreprise et garder souple ce rendez-vous professionnel. L’animateur habituel de cette causerie doit lui aussi être souple et laisser parfois la parole au spécialiste d’une thématique donnée si besoin. Cela crée de la diversité et peut faire se rencontrer des collaborateurs qui n’ont pas l’occasion d’échanger habituellement ensemble.  

Au final, quoi attendre de ces causeries de sécurité ?

En fait, cela dépend de ce que l’on y met :

  • Retour d’expérience de tels ou tels événements
  • Annonce de travaux et/ou de modifications au sein de l’entreprise
  • Rappel des éléments de réglementation si besoin (mais pas trop)

Toujours ce constat : une causerie sécurité se prépare. Mais alors pour quelles attentes réelles ? Le retour d’expérience des causeries sécurité dans les entreprises françaises permet de mettre en exergue les éléments suivants :

  • Les collaborateurs ont souvent des idées, parfois surprenantes et bizarres, avec dans le lot une ou deux idées vraiment intéressantes ; d’où l’intérêt de les faire échanger entre eux aussi.
  • Rappeler les bonnes pratiques au sein de l’entreprise ; garder un socle commun est indispensable à la cohésion d’un groupe.
  • Valoriser les collaborateurs qui apportent des idées ou qui font part de leur(s) réserve(s) face à une solution proposée, car il est tout aussi utile de savoir si l’on fait fausse route ; valoriser le savoir, le savoir-faire et même le savoir-être.

En conclusion :

Au travers de l’exemple de la causerie sécurité qui permet d’identifier et de traiter rapidement des sujets précis, les collaborateurs restent au cœur du processus de contrôle de la sécurité de terrain d’une entreprise. Et si un sujet est identifié par un collaborateur, il peut aussi émettre des réserves sur des solutions simplistes proposées. Un collaborateur peut ainsi se retrouver valorisé, car certaines situations requièrent un peu plus d’analyse, voire même une étude menée par un Cabinet externe (ex : vibrations, fuites d’eau récurrentes, rejets gazeux dont la toxicité n’est pas identifiée…). Si la sécurité est un bon moyen de valoriser ses collaborateurs, il n’en reste pas moins que la valorisation par elle-même requiert du tact : faut-il donner une prime ? Faut-il amener le collaborateur sur une formation spécifique pour aller plus loin ? Faut-il le faire évoluer ? Ou alors même, faut-il laisser du temps au temps si un sujet n’est pas « mûr » ? Toutes ces questions doivent être posées pour trouver un compromis entre production et sécurité. Écouter le terrain tout en respectant les priorités de production permettrait-il d’établir de la confiance ? Vaste débat…  

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